Sans vergogne, être pour la GPA devient très tendance en France !

Non, les personnes qui s’opposent à la pratique de la GPA ne sont pas toutes LGBT++phobes, agressives, hystériques, intégristes religieuses ou d’extrême droite…comme on l’entend trop souvent dans les médias français.
Il est grand temps d’arrêter de véhiculer ces mensonges envers l’opinion publique

A quand des émissions en France pour dénoncer le système de la GPA, comme en Espagne actuellement ?

Nuria González, sobre la gestación subrogada: « Quieren tener un niño con unas características determinadas »
El rotundo mensaje de Sandra Sabatés sobre la gestación subrogada: « El deseo de tener hijos no puede pisotear los derechos de las mujeres más vulnerables »
(Résumés des vidéos traduits en français en bas de ce texte).

Être pour la GPA devient très tendance en France. On ne compte plus les articles et émissions donnant la part belle aux défenseurs de cette pratique, quand ce ne sont pas des personnes politiques ou people qui en parlent d’un ton détaché, comme si l’acte d’acheter et de vendre des enfants était anodin.
Face à cela, la parole des personnes qui contestent la GPA est trop souvent déconsidérée voire inexistante.
Et quand la parole est donnée à celles et à ceux qui travaillent depuis longtemps sur le sujet en dénonçant à juste titre cette pratique, elle est fréquemment limitée à quelques minutes, noyée parmi les arguments pro-GPA et donc vidée de tout impact, privant le public d’informations objectives et précieuses.
Il est des jours où nous pourrions nous demander si la France est encore une réelle démocratie.
Comment se faire réellement une opinion sur la GPA dans ces conditions ?

Nous refusons cette société déshumanisée que certains nous présentent comme étant idéale à travers d’étranges arguments, pour légitimer un bonheur égoïste tourné uniquement vers soi-même.
Rien ne justifie que le bonheur des unEs puisse se construire sur le malheur et l’exploitation d’autres êtres humains.

Actuellement, un personnage médiatique largement invité, présente son livre comme un combat pour défendre des enfants alors que ses propos ressemblent à « un véritable plaidoyer » (1) en faveur de la pratique des mères porteuses. En l’écoutant parler, on pourrait penser qu’il connait bien ce sujet. Pourtant, les personnes qui dénoncent la GPA après avoir étudié ce système en s’appuyant sur des faits concrets, n’ont pas du tout le même point de vue (2).

Certes, on peut, ne pas se sentir concerné par ce marché commercial international d’exploitation du corps des femmes qu’est la GPA mais faire vibrer la corde sensible en mettant en avant sa vie de famille tellement normale avec des enfants, c’est ne vouloir regarder qu’une partie de la situation existante en masquant la réalité au public.
On montre la partie immergée de l’iceberg et on occulte l’autre partie, c’est à dire la plus importante.

On entend de-ci de-là que le ventre des femmes n’est qu’un « réceptacle » (3) et parfois « un four dans lequel on mettrait un gâteau à cuire » (sic). Il existe aussi des catalogues sur lesquels il est possible de choisir les futurs bébés à l’achat avec le profil désiré (on frôle l’eugénisme).
« Quand on aime on ne compte pas », surtout quand on est du coté des riches, on s’octroie le droit de tout acheter, même des bébés, majoritairement à des femmes pauvres.
Bref, nous voilà dans le meilleur des mondes dans lequel le corps des femmes peut être exploité sans vergogne et où les enfants n’auraient aucun lien avec les femmes qui les ont portéEs pendant 9 mois ! (4).
Alors ? On rend bientôt légal l’esclavage avec des contrats éthiques ?

Déplorable ! Si ce sujet n’était pas grave et si inquiétant pour l’avenir de l’humanité, on pourrait rire de toutes ces pantalonnades.

Que les unEs ou les autres étalent leur bonheur d’une vision de la famille, c’est leur affaire et, en effet, quoi de plus ordinaire que de voir des personnes heureuses avec des enfants heureux ! Mais quand certains actes sont pratiqués par n’importe quels moyens utilisés pour devenir père ou parents, ceci devient aussi notre affaire car là, il ne s’agit plus d’une histoire personnelle mais d’un choix de société où les citoyennes et citoyens sont concernéEs.
Devant un si grand silence politique et les propos utilisés par les promoteurs de la GPA dans les médias français, il y a de quoi s’inquiéter de la société que certaines personnes voudraient nous amener à accepter.

Le président actuel, Emmanuel Macron, avait déclaré à Paris en mai 2018 « Je dis ici clairement à ceux qui doutent, que je ne suis pas favorable à la gestation pour autrui au titre de la dignité de la personne humaine et du corps de la femme. »
De même, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, affirmait que la GPA n’était pas dans le projet de loi, déclarant que « le fait d’utiliser le corps d’une femme pour lui faire porter un enfant qu’elle ne gardera pas […] rentre dans la marchandisation du corps humain » et à juste titre « qu’il ne faut pas mélanger la PMA et la GPA. » (AFP 21/09/18)

Dont acte.

Mais quand un porte parole comme Benjamin Grivaux, représentant du gouvernement, présent dans une émission majoritairement favorable à la GPA(5) affirme que :
« les enfants néEs sous GPA à l’étranger doivent avoir une reconnaissance civile » […] ce sera fait l’année prochaine » (avant fin 2019) […] « Si on prend le temps […] de démystifier, d’empêcher les caricatures permanentes […] » (!?) « […] faire apparaitre la banalité d’être 2 papas […] » (on est bien d’accord sur ce point) « […] sur ce sujet là nous ne cèderons pas » (quel sujet ? l’homoparentalité ou la GPA ?) « je serai un des premiers à porter ces combats là. »
Il y a sérieusement de quoi s’inquiéter.

Que signifie ce discours exprimé dans un vocabulaire confus mais clair dans l’intention ? Se révolter à juste titre contre les LGBT++phobies, n’implique pas de valoriser le comportement de personnes qui essaient de contourner une loi à des fins personnels.
Balayée la dignité des femmes et de leurs corps quand elles abandonnent un enfant sur commande hors de la France ? Achetez des bébés par GPA hors de nos frontières et l’état français vous garantira un statut légal à leur retour en France ?
Aux oubliettes la loi du 29 juillet 1994 qui pose le principe de non patrimonialité du corps humain et dont notre pays peut être fier ?(6)

Autour de nous, combien de fois entendons nous des personnes être écoeurées par tous ces propos en faveur de la GPA et dire ne plus vouloir voter la prochaine fois.
Si une telle loi passait, elle ne ferait qu’amplifier une perte de confiance envers un gouvernement déjà bien fragile et déroulerait un tapis rouge aux réactionnaires qui sont déjà à nos portes. Conséquences de politiques qui, trop souvent éloignées des préoccupations premières du peuple, creusent de jour en jour des inégalités.

Voilà le tableau brossé actuellement en France coté médiatique et politique qui nous prépare le meilleur des mondes…si toutefois nous les laissons faire…
Et ailleurs ?

Dans d’autres pays, comme en Espagne par exemple, on peut entendre des personnalités politiques et médiatiques déclarer leur opposition à la GPA.
La nouvelle ministre de la santé, de la consommation et du bien être social, Maria Luisa Carcedo, déclare : « La GPA doit être comparée au trafic d’organes et au trafic des mineur/e/s, de façon que cette pratique puisse être déclarée illégale au niveau international… L’interdiction de la GPA nécessitent des accords internationaux, à l’égal de la lutte des mafias de la traite des femmes pour la prostitution. » (Agence EFE 30/09/ 2018).

De même, une place est donnée dans des émissions de grandes audiences dans lesquelles des personnes peuvent exprimer leurs profonds désaccords sur cette pratique de marchandisation du ventre des femmes.
En voici deux exemples ci-dessous avec extraits des contenus traduits en français et les liens des vidéos :

Message retentissant de la journaliste Sandra Sabatés à propos de la maternité de substitution (GPA) :
« Le désir d’avoir des enfants ne peut pas piétiner les droits des femmes les plus vulnérables »
Personne ne peut nier que le commerce de la location de ventre déshumanise. »
De plus, la journaliste souligne que, bien que « nous puissions tous avoir le désir d’être parents, nous devons être clairs sur le fait que ce désir ne peut pas piétiner les droits des enfants eux-mêmes, qui deviennent une question de commerce. »
Nuria González, avocate et spécialiste des droits de l’homme en Espagne, déclare à propos de la grossesse de substitution: « Ils veulent avoir un enfant avec certaines caractéristiques. »
Elle s’est rendue dans une agence et a prétendu être une personne intéressée pour embaucher une mère porteuse. Après son expérience, elle confirme à l’émission El Intermedio « qu’il ne s’agit pas de couvrir un besoin, mais plutôt de profiter d’un créneau de plusieurs millions de dollars qui commercialise le bébé avant la naissance et la femme. »

Liens des vidéos :
Nuria González, sobre la gestación subrogada: « Quieren tener un niño con unas características determinadas »
El rotundo mensaje de Sandra Sabatés sobre la gestación subrogada: « El deseo de tener hijos no puede pisotear los derechos de las mujeres más vulnerables »

Nous attendons du gouvernement une écoute pour travailler à l’abolition mondiale de la GPA.
Malgré ce que l’on veut nous faire croire à travers des sondages très contestables, nombreuses sont les personnes qui ont pris position contre la GPA (7).
Et puis, il suffirait qu’une seule personne se positionne contre l’esclavage, la peine de mort ou l’exploitation du corps des femmes et elle aurait humainement raison. C’est parce que nous savons cela que nous nous battons pour l’abolition internationale de la maternité de substitution au nom des droits humains.

Imaginons que se développe une nouvelle pratique consistant à commercialiser une partie du corps d’une certaines catégories de la population, par exemple des personnes de couleur verte ou rose ou des personnes d’une quelconque religion. Il est bien évident que les médias donneraient la parole aux personnes dénonçant ce nouveau système d’exploitation non ? Et nul n’oserait évoquer, pour le justifier, et à raison, le prétexte d’un supposé consentement ou d’une libre disposition de leur corps.

Pourquoi alors les réactions ne sont pas les mêmes concernant la GPA ?
Pourquoi volontairement réduire à ce point dans les médias populaires français l’expression des personnes qui s’opposent à ce système ?
Parce que la pratique de la GPA relève de la domination des hommes sur le corps des femmes. FormatéEs par un système patriarcal que nous avons intégré depuis trop longtemps, nous vivons dans une société qui voudrait nous faire croire que l’inégalité et l’exploitation des êtres humains serait dans l’ordre des choses.
Les désastres de toute nature constatés autour de nous, nous donnent suffisamment de preuves que ce système est destructeur pour l’humanité entière.

Par la même, la GPA ou la maternité de substitution, restera donc toujours inacceptable.

Catherine MORIN LE SECH (Octobre 2018)
CQFD – Lesbiennes Féministes

NOTES

1/ Comme l’a bien souligné un intervieweur dans l’émission « On n’est pas couché » du samedi 20 octobre 2018 sur France 2

2/ Lire, entre autres : « L’institution de la liberté » (PUF) « La gestation pour autrui – Fictions et réalité » (Fayard) de Muriel FABRE-MAGNAN professeure de droit privé. « Bébés à vendre » (B. Laffont) de Eliette ABECASSIS, Ecrivaine, philosophe. « Corps en miettes » (Flammarion) de Sylviane AGACINSKI Philosophe. « Transnational Feminist View of Surrogacy Biomarkets in India » de Sheela SARAVANAN Chercheuse universitaire.

3/ Idem note 1

4/ Des recherches montrent que des liens indélébiles se tissent entre la mère et l’enfant pendant la grossesse. Intervention du gynécologue René FRYDMAN au colloque « Pour l’abolition de la GPA » du 22/09/18 Palais du Luxembourg et texte de Catherine DOLTO http://abolition-ms.org/tribunes-fr/reflexions-sur-la-gestation-pour-autrui-gpa-nous-ne-sommes-pas-des-mammiferes-comme-les-autres-catherine-dolto-2014/

5/ Émission « Talk Show » sur RMC septembre 2018

6/ « Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial » article 16-1 du Code civil« .

7/ http://abolition-ms.org/ CIAMS « Coalition contre la Maternité de Substitution » (GPA) de 23 associations françaises et étrangères.

Lire aussi le communiqué international pour l’interdiction de la GPA adressé à l’ONU et aux chefs d’états, signé par 283 organisations des droits des femmes, des droits humains et de la société civile issues de 22 pays dans le monde.

http://abolition-ms.org/actualites/les-associations-signataires-en-france-du-communique-international-pour-linterdiction-de-la-maternite-de-substitution-gpa/

En ce qui concerne les autres aspects autour de GPA comme « la libre disposition du corps, le consentement, l’exploitation du corps des femmes, les rapports de domination nord/sud, riches/pauvres, hommes/femmes, de la santé des femmes et des enfants… » Vous pouvez trouver des informations sur différents sites dont : CIAMS http://abolition-ms.org/

CQFD-Lesbiennes Féministes https://cqfd-lesbiennesfeministes.org/abolition-de-la-gpa/actualites/

Le CoRP https://collectif-corp.com/2015/06/27/la-gpa-questions-frequentes/