Contre le système prostitueur

MOTION SUR LA PROSTITUTION
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA CLN (Coordination Lesbienne Nationale*)
Autrans (Isère) MAI 2002

Motion proposée par CIBEL, CQFD-Fierté Lesbienne, La Fugue Immagicienne

Parce que nous considérons l’acte prostitutionnel comme une violence à l’encontre des femmes en ce qu’il les réduit à des objets subordonnés au sexe masculin et les expose à de multiples traumatismes, tant physiques que psychiques ;
Parce que le système prostitutionnel est majoritairement lié au grand banditisme : drogue, trafic d’armes, blanchiment de cet argent sale ;
Parce que la marchandisation du corps humain est une violation des droits fondamentaux de la personne considérée, à ce titre, comme illégale.

Nous, lesbiennes féministes, associations ou individuelles adhérentes de la Coordination Lesbienne Nationale qui luttons :

  • pour l’égalité des femmes avec les hommes dans tous les domaines, publics et privés, sur les plans économique, social, culturel et politique ;
  • pour l’épanouissement de la sexualité des femmes et des lesbiennes contre tout assujettissement imposé par les violences sexistes.

Nous réaffirmons la position abolitionniste de la CLN* contenue dans le chapitre II de notre plateforme et demandons que la prostitution soit placée au cœur des politiques de lutte contre la violence à l’encontre des femmes.

A cette fin nous réclamons les mesures suivantes :

1) Pour venir en aide aux prostituées :

  • Développement de centres d’accueil pour les victimes de violences, y compris la prostitution afin qu’elles puissent être protégées des proxénètes, des filières criminelles ou des auteurs de violences ;
  • Accroissement des moyens mis en œuvre pour l’écoute, la reconstruction et la réinsertion des prostitué-es avec une harmonisation de ces actions par le renforcement des partenariats entre les institutions, les associations et les collectivités ;
  • Octroi aux personnes prostituées, jusqu’à l’éradication de la prostitution, des droits et des services dont bénéficient toutes les femmes indépendamment de leur activité : accès aux soins de santé, protection de la police, possibilités de formation et d’éducation, permis de séjour pour les femmes issues des pays non communautaires.

2) Pour pénaliser les proxénètes et les acheteurs :

  • Augmentation des moyens financiers et humains permettant de démanteler les réseaux criminels et de réprimer les proxénètes tant au niveau national qu’international ;
  • Élaboration d’une loi similaire à la loi suédoise « Pour la paix des femmes » qui, outre la protection et la réinsertion des prostitué-es, prévoit la pénalisation ou la rééducation des acheteurs de services sexuels.

3) Pour prévenir l’exploitation sexuelle des enfants et des femmes :

  • Une mise en application effective des principes de la parité dans tous les domaines, politique, mais aussi économique, social et culturel ;
  • Une réelle ouverture aux filles de toutes les filières éducatives et une politique de diversification des métiers offerts ;
  • Une politique propre à combattre efficacement dans la société et à l’école toutes les représentations sexistes visant à dévaloriser les femmes pour mieux les assujettir aux hommes et à leur sexualité prétendument irrépressible.
  • Une campagne de sensibilisation et de prévention rendant visibles tous les acteurs de l’exploitation de la prostitution.

Nous refusons la reconnaissance de la prostitution comme un métier et le trafic du sexe comme une industrie légale :

NON à la prostitution comme filière professionnelle pour les filles et les femmes.
NON aux supermarchés du sexe et à l’enfermement des personnes prostituées.
NON à la prospérité économique fondée sur l’aliénation du corps humain.
NON aux États proxénètes.

* CLN devenue par la suite CLF (Coordination Lesbienne en France)